LONDRES 2017 : C'est l'heure du bilan à l'heptathlon !


1) LONDRES 2017 mieux que PEKIN 2015 mais moins bien que RIO 2016

Il ne vous aura pas échappé que ces championnats du monde n'ont pas été aussi impressionnants que fut l'historique hypomeeting de Götzis 2017 qui s'est disputé deux mois plus tôt. Mais lorsque l'on compare ces championnats du monde avec les autres championnats internationaux qui se sont déroulés depuis le début du millénaire, on remarque que cette édition fut tout de même d'un très bon niveau comme en témoignent les 3 tableaux suivants :





2) Nafissatou THIAM (BEL), la maturité en plus.



Souvent le plus difficile n'est pas de gagner mais de confirmer...

Aux jeux olympiques de Rio 2016, Nafissatou THIAM (BEL) avait remporté le titre à la surprise générale devant Jessica ENNIS-HILL (GBR) et Brianne THEISEN-EATON (CAN) les deux grandes favorites de la compétition. La belge, plus adepte de la discrétion que de la médiatisation avait alors profité d'une certaine tranquillité d'esprit dès le début de son heptathlon pour damer le pion à ses adversaires.

A Londres, tous les projecteurs étaient braqués sur la timide belge notamment après ses 7 013 points réalisés à Gotzis 2 mois plus tôt faisant d'elle la 3ème meilleure performeuse mondiale de tous les temps derrière Jackie JOYNER-KERSEE (USA) et Carolina KLÜFT (SWE).

Nafissatou THIAM avait beau répété aux médias qu'elle n'était pas imbattable, un autre métal que l'or aurait été une immense déception pour toute une nation.

Samedi matin, lorsque la pluie a commencé à tomber Nafissatou THIAM aurait pu douter de ses capacités à dépasser les 1,90 m qui lui auraient permis d'engranger un maximum de points absolument nécessaires pour la victoire finale. Mais rien de cela n'est arrivé puisque toutes les barres proposées à la belge ont été franchies au 1er essai jusqu'à 1,95 m alors que sa principale rivale sur la discipline Katarina JOHNSON-THOMPSON (GBR) ne dépassait pas les 1,80 m devant son public.

Nafissatou THIAM a de plus montré qu'elle avait des ressources mentales importantes lorsqu'elle était dos au mur comme en témoignent ses 3ème essais à la longueur et au javelot qui lui ont permis de remporter le titre mondial.

A Rio, Nafissatou THIAM avait surpris, à Gotzis elle avait grandit, on pourra a dire qu'à Londres la belge a muri.

3) La résurrection de Carolin SCHÄFER (GER)

La joie de Carolin SCHÄFER faisait plaisir à voir à l'arrivé du 800 mètres. Et pourtant l'allemande, en tête à mi-journée de l'heptathlon, a terminé à une deuxième place plutôt logique en raison de son record personnel (6 836 points) et de la blessure de laura IKAUNIECE-ADMIDINA (LAT) dès la première épreuve.

Mais voilà Carolin SCHÄFER revient de loin. Il y a deux ans et demi l'allemande perdait son compagnon, joueur de volley, qui fut renversé par un train. Dans la foulée, elle participait malgré la douleur morale aux mondiaux de Pékin et abandonnait son heptathlon en larmes après notamment 3 échecs à la longueur.

Après les jeux de Rio, où elle avait terminé 5ème, l'allemande a totalement arrêté de s'entrainer pour revenir à une vie normale, faite de plaisirs loin des pistes d'athlétisme, des contraintes et sacrifices imposés par le sport de haut niveau.

Lorsque Carolin SCHÄFER a rechaussé les pointes pour préparer les championnats du monde de Londres 2017, son entraineur Jurgen SAMMERT confronté à des problèmes cardiaques a dû ralentir son activité ne pouvant plus entrainer un groupe entier d'athlètes. Claudia SALMAN-RATH (GER) a alors généreusement décidé de quitter le groupe d'entrainement de l'allemande pour laisser à sa compatriote toutes les chances de briller en 2017. Cela ne vous étonnera donc pas que le premier geste de l'allemande lors de sa deuxième place fut pour Claudia SALMAN-RATH (GER) qu'elle a associée à sa médaille d'argent.

On comprend donc mieux pourquoi Carolin SCHÄFER était si heureuse ce dimanche soir.


4) Le retour aux affaires d'Anouk VETTER (NED)

La ressemblance entre Anouk VETTER (NED) et Carolina KLÜFT (SWE) est parfois troublante. Au delà de la ressemblance physique, il y a ces mimétismes, cette joie parfois démesurée et ces grimaces si particulières. Anouk VETTER n'a hélas pas encore le palmarès de la suédoise.

Mais à Londres la hollandaise a rayonné comme il y a un an lors des championnats d'Europe à Amsterdam en 2016.

En réalisant 6 636 points elle a augmenté d'un point le meilleur total pour une 3ème place lors d'un championnat du monde (6 635 points par Svetlana BURAGA à Stuttgart en 1993). Elle est également devenue la 3ème meilleure performeuse de tous les temps au lancer du javelot dans un heptathlon derrière Barbora SPOTAKOVA (60,90 m à Talence en 2012) et Nafissatou THIAM (59,31 m à Götzis en 2017). Anouk VETTER a également élevé son potentiel à 6 842 points (contre 7 068 point pour Nafissatou THIAM) ce qui la rapproche encore plus des ténors de la discipline.


5) La révélation Yorgelis RODRIGUEZ (CUB)

Yorgelis RODRIGUEZ est LA révélation de ces championnats du monde. En pulvérisant notamment son record à la hauteur de 9 centimètres (!) en passant une barre à 1,95 m, la jeune cubaine (22 ans seulement) a marqué les esprits. Quelques jours plus tôt, Yorgelis RODRIGUEZ avait annoncé à qui voulait l'entendre qu'elle battrait son record national à Londres. Et la promesse fut largement tenue puisqu'elle a écrasé le record de Cuba de 113 points pour le porter à 6 594 points. Elle a également élevé son potentiel à 6 966 points ce qui la place aux niveaux de la britannique Katarina JOHNSON-THOMPSON ( 6 979 points) et de la lettone Laura IKAUNIECE-ADMIDINA (6 974 points) de quoi lui donner des idées pour les prochains championnats du monde qui auront lieu à Doha (QAT) en 2019.

6) La déception Katarina JOHNSON-THOMPSON (GBR)


Katarina JOHNSON-THOMPSON, qui s'entraine à Montpellier (FRA) depuis cette saison en compagnie d'Antoinette NANA DJIMOU IDA et Kevin MAYER, était attendue par tout un peuple à Londres. Mais la championne d'europe 2015 du pentathlon a une nouvelle fois déçu en ne parvenant (toujours) pas à monter sur un podium international à l'heptathlon. Avec un record personnel à 1,98 m au saut en hauteur, la britannique savait qu'elle avait beaucoup à perdre sur cette 2ème épreuve de l'heptathlon dans l'optique d'un podium. Et ça n'a pas raté puisque qu'elle a complètement craqué en ne franchissant qu'une barre à 1,80 m. Elle pouvait avoir des regrets au regard de la suite de son heptathlon qui fut très bon. Le problème est que cela devient récurent pour la britannique lors des grands championnats. En effet, il y a 2 ans au mondiaux de Pékin, Katarina JOHNSON-THOMPSON avait mordu ses 3 essais à la longueur alors que le podium (pour ne pas dire le titre) lui était promis.


7) Les américaines inexistantes

Mais où sont donc passées les trois américaines Kendell WILLIAMS, Erica BOUGARD et SHARON DAY-MONROE lors de ces championnats du monde ?

Les américaines arrivaient pourtant avec les 6ème, 7ème et 10ème totaux d'engagement.

A Londres, elles ont finalement fini 12ème, 18ème et 20ème à plus de 350-400 points des performances qui leur avaient permis de se qualifier pour ces mondiaux.

Erica BOUGARD qui avait franchi 1,92 m à la hauteur il y a un mois et demi à Sacramento (Trials US) est restée bloquée à 1,74 m tandis que Kendell WILLIAMS courrait le 200 mètres 7 dixièmes moins vite et que Sharon DAY-MONROE lançait le javelot 10 mètres moins loin que lors de ces mêmes Trials US. Probablement ont-elle été refroidies par la fraicheur londonienne ...

8) Le calvaire d'Antoinette NANA DJIMOU IDA (FRA)

Antoinette NANA DJIMOU IDA a connu à Londres sa vraie première défaillance lors d'un grand championnat. La quadruple championne d'Europe outdoor/indoor en larmes aux micros de France Télévision admettait que ni son corps ni sa tête n'avaient suivi durant ce week-end.

La fin du 800 mètres a été vécue comme une libération pour la française après 2 jours de calvaire. Antoinette NANA DJIMOU IDA doit normalement participer au décastar de Talence les 16 et 17 septembre afin, on l'espère, qu'elle puisse terminer sa saison sur une note positive avant d'attaquer les championnats d'Europe de Berlin 2018, événement continental où elle fut médaillée d'or en 2012 (Helsinki) et 2014 (Zurich) et de bronze en 2016 (Amsterdam).

A noter enfin que le match prévu entre Marthe KOALA (BUR) et Odile AHOUANWANOU (BEN) pour la suprématie continentale africaine n'a pas eu avoir lieu en raisons des problèmes de visa rencontrés par la première qui n'a pu arriver à temps à Londres mais qui disputera tout de même le 100m haies en (maigre) lot de consolation...





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